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  de la filière agroalimentaire
 

Alimentation et cosmétique:
une compatibilité limitée.

Nombre de petites entreprises de la filière agroalimentaire complètent leur gamme par des produits cosmétiques incorporant des matières premières comparables à celles qu'elles produisent ou utilisent, voire, comme pour Éric Bruneteau, des sous-produits de leur activité. Les matières premières communes qu'utilisent les industries alimentaires et cosmétiques sont très nombreuses, aussi les exemples de gammes comportant des produits des deux types sont-ils fréquents: apiculteurs proposant des produits de beauté au miel, oléiculteurs des savons, algoculteurs des crèmes aux algues, sauniers des sels de bain, etc... Les éleveurs de porcs pourraient aussi bien proposer des savons au saindoux, mais le créneau n'est pas porteur. Alors même que de nombreux savons contiennent effectivement du saindoux, aucune marque ne mettra ce fait en avant. Le saindoux éventuellement utilisé figure dans la liste INCI (nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques) des ingrédients sous le nom de sodium lardate (le sodium tallowate, lui, c'est de la graisse de bœuf). Les graisses animales n'ont pas bonne presse comme ingrédient cosmétique, et Monsieur Bruneteau ne s'y trompe pas: ses produits ne mettent pas en avant comme ingrédient la graisse de ragondin, mais bien l'huile de myocastor, c'est à dire la même chose "noblement" dite.

Cette tendance à compléter des gammes de produits alimentaires par des produits cosmétiques conforte l'idée que des ingrédients reconnus de prime abord comme des aliments peuvent conférer des qualités supérieures aux produits cosmétiques qui en incorporent. Des marques de produits cosmétiques proposent ainsi des « compotes » et « marmelades » pour les cernes ou le teint conditionnées en petits bocaux de type Le Parfait avec joint de caoutchouc. Pour autant, une « compote » rigoureusement identique ne pourrait être commercialisée si elle était produite en conserverie. Les produits cosmétiques rentrent dans la catégorie des substances pharmaceutiques et font à ce titre, ainsi que leur production et leur commercialisation, l'objet d'une réglementation spécifique (articles L5131-1 à L5131-11 du code de la santé publique).

Les spécificités législatives relatives aux produits cosmétiques


L'huile de myocastor
d'Éric Bruneteau

Eric Bruneteau, éleveur de ragondins à saint-Hilaire
Eric Bruneteau, un piégeur de ragondins devenu éleveur

Au milieu des années 80, quand Éric Bruneteau est passé du piégeage des ragondins à leur élevage, la trentaine d'éleveurs qui exerçaient alors alimentaient le marché de la fourrure, et celui-ci déclinant, il n'en est resté que de rares qui, comme l'entreprise créée par Eric et Valérie Bruneteau, ont anticipé ce déclin en diversifiant les débouchés pour leur production. Aussi l'entreprise créée en 1985, à Saint-Hilaire, petit hameau niché en bordure du vaste marais de Brouage, s'est-elle rapidement intéressée à la chair de l'animal en plus de sa fourrure. L'aménagement en une salle d'abattage et en un laboratoire de transformation, des dépendances que comportait la propriété familiale, a logiquement suivi cette orientation.

Le ragondin sauvage ne jouit pas d'une bonne réputation, il cause des dégradations récurrentes dans les marais où il pullule, de plus il peut être vecteur de maladies comme la douve du foie ou la leptospirose. C'est notamment pour contrecarrer cette mauvaise image que les Bruneteau ont créé dans le même temps le « Parc Myocastor » à Dolus d'Oléron, un endroit plus fréquenté que St-Hilaire. Le petit rongeur aux moeurs grégaires de la famille des castoridés qu'on peut y découvrir, et dont l'importante capacité de reproduction n'a pas dans un élevage les mêmes conséquences que dans un environnement naturel dépourvu de prédateur spécifique, y offre un meilleur aspect. Enfin les conditions hygiéniques d'un élevage préviennent l'apparition de bactéries responsables des maladies précitées.

La persévérance d'Eric et Valérie Bruneteau allait payer. Les confit, civet, pâtés et autres rillettes qu'ils ont mis au point plaisent; les préjugés tombent. Ce sont quelques 35000 verrines qui sortent annuellement de leur atelier, et à l'heure où le concept de croissance négative faisait son apparition, l'entreprise Bruneteau affichait quant à elle une croissance à 2 chiffres confortée par les effets discrets mais réels d' une diversification entreprise quelques années plus tôt: le développement d'une gamme de produits cosmétiques. En fait de gamme, il ne s'agit pour le moment que de 2 produits, un savon et une huile pour le corps, mais l'idée que la graisse du ragondin (mais on parle alors de myocastor, vocable moins connoté que celui de ragondin) puisse servir de matière première à des produits cosmétiques a fait son chemin, puisqu'un bon tiers de la clientèle de l'entreprise, principalement des revendeurs en épicerie fine et spécialités régionales, en achète aussi. Une crème hydratante et un lait corporel doivent venir compléter prochainement la gamme. Et de fait, pourquoi ne pas démarcher une clientèle spécifique? Eric Bruneteau l'envisagerait, il a déjà fait preuve de persévérance...

le 12 juin 2010



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